La douleur chronique de l’endométriose

La douleur chronique de l’endométriose: la sensibilisation centrale, pelvienne et périphérique

L’endométriose est une pathologie inflammatoire cyclique, touchant les femmes et pouvant être particulièrement invalidante. Elle est décrite comme la présence de tissus d’endomètre (normalement présents dans l’utérus) à d’autres endroits comme l’intestin, les ovaires, les ligaments etc… Ces cellules sont régies par les hormones, et vont saigner pendant les règles, mais à des endroits inappropriés, créant des adhérences souvent douloureuses. Les douleurs sont donc à l’origine liées à l’hémorragie et à l’inflammation.

Dessin utérus et ovaires
Représentation d’un utérus et de ses annexes

Pour certaines femmes, les douleurs ne sont qu’au moment des règles, mais pour d’autres, les douleurs évoluent jusqu’à devenir quotidiennes, impactant la vie professionnelle, personnelle, sexuelle etc… C’est ce passage à la chronicité que nous allons expliquer aujourd’hui. Pourquoi les femmes atteintes d’endométriose ont de plus en plus mal, et ont des symptômes de plus en plus invalidants? Il existe des explications biologiques à ce phénomène: la sensibilisation centrale, périphérique et pelvienne.

Connaitre ces notions, et les cercles vicieux de la douleur permet de comprendre pourquoi l’endométriose est une pathologie chronique, devenant de plus en plus douloureuse et invalidante, bien que les lésions endométriosiques elle-mêmes n’évoluent pas, mais aussi de comprendre pourquoi les thérapies alternatives comme l’ostéopathie ont toute leur place dans l’accompagnement des patientes atteintes d’endométriose.

Une variété de symptômes:

Les symptômes sont multiples et d’apparition précoce. Une étude d’Endofrance estime que les symptômes apparaissent en moyenne vers 24 ans, avec pour près de 50% des femmes, une apparition avant 20 ans.

Les règles très douloureuses sont le symptôme le plus commun, présent chez environ 78% des femmes, soit près de 8 femmes sur 10, avec des douleurs évaluées en moyennes à 7,8/10 avant le diagnostic et une prise en charge.

Si les douleurs de règles sont les plus communes, il existe de nombreux autres symptômes:

  • Douleurs multiples du nombril au bas ventre: 66%
  • Fatigue chronique: 54%
  • Troubles digestifs: 52%
  • Douleurs pendant les rapports sexuels: 50%
  • Douleurs lombaires ou des membres inférieurs: 48%
  • saignements anormaux: 45%
  • Troubles de fertilité: 34%
  • Troubles urinaires: 25%
  • Autres symptômes non précisés: 7%

Source: Etude Endovie, menée par le laboratoire Gedeon-Richter, auprès d’Endofrance et de l’institut Ipsos, 2020

Cette étude a aussi montré que le diagnostic en France met actuellement 7 ans en moyenne à être posé, comprenant 6 ans entre la première consultation et le diagnostic, auxquels s’ajoute un an entre l’apparition des symptômes et la première consultation.

Les conséquences locales

Comme expliqué, l’endométriose est caractérisée par des cycles qui génèrent des douleurs aigües qui se répètent et persistent dans le temps, entrainant de multiples conséquences.

Des contractures musculaires réflexes:

A force de répétition de ces contractures réflexes au cours des cycles, les contractures se figent, entrainant un verrouillage du bassin et de la région pelvienne. Par conséquent, les muscles restent contractés en permanence, et le structures comme les ligaments deviennent moins élastiques. La répétition de ces contractures fini par faire persister les douleurs en dehors des périodes de douleurs de l’endométriose.

Des lésions nerveuses périphériques:

La succession de douleur aigües cycliques génère à force des lésions nerveuses périphériques à l’endroit des lésions endométriosiques. Ces lésions vont donc créer de la douleur de manière totalement indépendante des lésions.

L’association des contractures réflexes associées aux lésions nerveuses périphériques qu’elles entrainent crée un passage à la chronicité, avec des douleurs persistantes même en dehors des périodes de règles.

Les différentes hypersensibilisations

L’hypersensibilisation pelvienne

Le verrouillage du bassin entraine cette sensibilisation pelvienne de la région, et non plus seulement une inflammation centrée sur la lésion elle-même. Cela génère donc l’apparition de douleurs et la modification du fonctionnement de la structure, parfois à distance de la lésion initiale.

Les lésions nerveuses périphériques générées par la persistance du verrouillage du bassin contribuent à cette sensibilisation pelvienne, grâce à des mécanismes inflammatoires, des phénomènes neurologiques, et des modifications des symptômes.

L’hypersensibilisation périphérique

Les lésions nerveuses périphériques entraine une sensibilisation périphérique, là ou se situe la lésion. La douleur aigüe survenant au moment du cycle intervient sur une zone déja vulnérabilisée par la sensibilité périphérique, augmentant l’emballement de la douleur pour la rendre de plus en plus intense.

L’hypersensibilisation centrale

Les contractures associées aux lésion nerveuses périphériques génèrent aussi une sensibilisation centrale. C’est à dire une sensibilisation excessive de tout le système nerveux central, à savoir la moelle et le cerveau. Les régions cérébrales chargées de traiter les messages venant de la périphérie s’emballent, donnant l’impression qu’il y a de plus en plus de messages envoyés par les nocicepteurs (capteurs de ce qui est nocif) engendrant, en réponse, une augmentation de la douleur.

Les mécanismes de contrôle de la douleurs sont donc rendus dysfonctionnels. Ce qui sert normalement à assourdir la douleur n’est plus aussi actif, entrainant l’emballement de la douleur, tant en intensité qu’en fréquence.

Nous verrons plus loin par quels mécanismes il est possible de moduler la douleur générée par les hypersensibilité, notamment par la mobilité et l’ostéopathie.

La génèse des cercles vicieux

Il est important de constater que la sensibilisation périphérique est entretenue par les lésions d’endométriose, en revanche, les hypersensibilisations centrales et pelviennes deviennent presque indépendantes et évoluent à leur rythme, sans lien avec les lésions. De plus, la sensibilisation centrale génère des contractions musculaires réflexes, agravant le verrouillage du bassinet de la sphère pelvienne, quant à la sensibilisation pelvienne, elle génère des lésions nerveuses périphériques.

La douleur de l’endométriose est donc etretenue par des phénomènes locaux, mais aussi par la dissociation centrale et pelvienne des lésions d’origine. Ces modifications permettent donc à la douleur de s’auto-entretenir, dans ces cercles vicieux qui sont la base du passage à la chronicité de la pathologie.

A venir: Les cercles vicieux physiques et psychologiques qui entretiennent les douleurs.

Que peut faire l’ostéopathe pour les patientes atteintes d’endométriose

Maintenant que l’on a expliqué les mécanismes à l’oeuvre d’un point de vue local et neurologique, il est légitime de se demander comment l’ostéopathie peut aider à soulager les patientes touchées par l’endométriose.

C’est somme toute assez simple, mécaniquement, l’ostéopathie à pour objectif de désensibiliser le système nerveux, et de rendre de la mobilité aux structures. Les mécanismes de chronicisation de la douleur décrits ici sont précisément liés à cette sensibilisation et à la perte de mobilité.

Attention, l’ostéopathie ne peut pas tout faire


L’ostéopathie ne pourra jamais prétendre soigner l’endométriose, ce serait une promesse illusoire. En revanche, il est possible de jouer sur la souplesse des tissus et leur mobilité, ainsi que de moduler ce que perçoit le cerveau, pour gagner en confort de vie au quotidien, ce qui est déjà une amélioration notable pour les patientes en souffrance.

L’ostéopathie pour les femmes ne remplacera pas non plus un suivi médical strict, et une des clés reste la pluridisciplinarité.

Comment agir sur les douleurs d’endométriose?

Il est important de savoir que quand le système central s’emballe, une des pédales de frein les plus accessibles aux patientes sont les endorphines. Plusieurs méthodes existent pour générer des endorphines, et par chance, elles peuvent être cumulées! Le plus simple est de faire des choses qui nous font plaisir, quelques soient la méthode. Pour certaines se sera le sport, qui est très réputé pour sa production d’endorphine, jusqu’à déclencher des dépendances chez certains, pour d’autres se sera la mobilité, d’autres la lecture, la musique etc… Il est donc important d’encourager les patientes à avoir une activité physique modérée régulière pour apprendre à moduler les douleurs.

Un autre vecteur d’endorphine est le toucher. C’est là que l’ostéopathie prend sa place. Prendre soin de soi, via de la mobilisation douce est un gros générateur d’endorphine, donc pourquoi s’en priver? Certains s’offusqueront que c’est réduire l’ostéopathie à une notion de bien-être. Et alors? Du moment que la patiente observe une amélioration de ses symptômes, sans générer d’effets secondaires dangereux, tout est bon à prendre!

L’ostéopathie à donc un rôle triple pour les patientes atteinte d’endométriose:

  • l’assouplissement des tissus et la mobilité des structures pour lutter contre les contractures et les sensibilisation nerveuses périphériques et pelviennes
  • la génération d’endorphine pour jouer sur la désensibilisation du système nerveux central
  • l’éducation thérapeutique quotidienne pour mieux vivre sa pathologie grâce à des gestes simples

Votre ostéopathe à Versailles est formée à la prise en charge des patientes atteintes d’endométriose. Elle fait aussi parti des réseaux RENSENDO et VOYELLE, qui accompagnent les patientes dans leurs prises en charge, et les orientent vers des praticiens sensibilisés et formés à la prise en charge des femmes et de la variété de symptômes générés par l’endométriose.

Sources:

  • Endofrance: Endovie, enquête sur l’endométriose menée par l’institut Gedeon Richter, 2020
  • Mooc endométriose, PNS, Dr Margueritte D’Ussel
  • La mécanique de la douleur: CFPCO, Laurent Fabre DO
  • RESENDO

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